WhatsApp ou Signal : les internautes s’intéressent aux applications chiffrées

Début 2021, l’application de messagerie WhatsApp appartenant à Facebook a annoncé les prochaines modifications de ses politiques sur les données personnelles. Mark Zuckerberg a effectivement décidé de regrouper les informations des utilisateurs WhatsApp avec celles de Facebook afin d’utiliser les données pour améliorer son service publicitaire. Les 2 milliards d’utilisateurs doivent ainsi accepter ces nouvelles politiques avant le 15 mai prochain sous peine de ne plus pouvoir utiliser l’application. Depuis cette annonce, les applications de messagerie sécurisée attirent de nombreux nouveaux utilisateurs.

Les applications chiffrées populaires

L’application américaine, Signal

Matthew Rosenfeld, plus connu sous le pseudonyme Moxie Markinspike, a fondé l’organisation Open Whisper Systems à San Francisco en Californie en 2015. Il a alors développé Signal, une application chiffrée open source qui a commencé à gagner en popularité lorsqu’elle a été recommandée par Edward Snowden. Elon Musk et la Commission européenne recommandent également son utilisation, ce qui a permis à l’application de passer en tête du classement du téléchargement des applications sur AppStore et Google Pay ces dernières semaines. AppAnnie, un spécialiste du marché des applications, la classe dorénavant au 110e rang mondial des applications sociales en nombre de téléchargements. Plus précisément, elle est à la 59e place aux États-Unis et 40e en France. En février 2020, l’application a enregistré 10 millions de téléchargements.

L’application russe, Telegram

Les frères Nikolaï et Pavel Dourov ont développé Telegram en 2013 après l’appropriation de la plateforme sociale VKontakte, dont ils étaient les fondateurs, par le gouvernement russe. L’application n’est que partiellement en open source puisque le code source côté serveurs reste prioritaire. Bien qu’il ait été envisagé de rendre public le code source des serveurs, Pavel Dourov expliquait que cela entraînerait une refonte majeure de l’architecture de l’application. Telegram a notamment été utilisée par les hommes politiques avant de faire face à de nombreuses critiques. En effet, les organisations djihadistes l’ont beaucoup utilisée pour communiquer au moment des attentats. Les dernières annonces de Facebook ont ravivé l’intérêt des internautes pour l’application. Elle déclarait avoir dépassé les 500 millions d’utilisateurs actifs le 12 janvier 2021. 25 millions de téléchargements auraient été enregistrés en 72 heures après la fermeture de nombreux comptes Twitter et Facebook.

L’intérêt et les limites du chiffrement de bout en bout

Les internautes veulent gérer leurs données

Le chiffrement de bout en bout est aussi appelé E2E. Il permet de transmettre des messages chiffrés, c’est-à-dire qu’ils peuvent uniquement être lus par l’expéditeur et son destinataire. Plus concrètement, le chiffrement de bout en bout est un dispositif qui évite l’écoute électronique puisqu’il est nécessaire de connaître les clés cryptographiques pour accéder aux échanges. Il garantit donc la confidentialité de la conversation. Le chiffrement de bout en bout permet également de garantir l’intégrité d’un message. Les échanges modifiés par une personne extérieure deviennent confus qui les rendent impossibles à déchiffrer. Les nombreux téléchargements des applications de messagerie chiffrées révèlent la volonté des internautes à contrôler leurs données.

La critique de l’Union européenne

En novembre 2020, l’Union européenne a reproché aux applications utilisant le chiffrement de bout en bout d’empêcher la lutte contre la criminalité en ligne et le terrorisme. Les autorités souhaiteraient bénéficier de “backdoors” (portes dérobées) qui permettraient d’identifier les potentiels criminels. Elles autoriseraient ainsi les autorités à contourner le chiffrement afin de surveiller les personnes fichées ou jugées dangereuses sans pour autant impacter le cryptage des applications de messagerie. Les entreprises créeraient ainsi des clés de décryptage pour que les autorités puissent accéder aux messages des personnes ciblées. Ce projet doit encore être approuvé par le Comité permanent de coopération opérationnelle en matière de sécurité intérieure (COSI) pour pouvoir passer devant le Comité des représentants permanents puis le Parlement européen afin d’entrer en vigueur.

Les nouvelles politiques des données de WhatsApp sont l’occasion pour les internautes de se tourner vers des applications chiffrées. Cette attitude révèle notamment la volonté des utilisateurs de conserver leurs échanges privés et sans publicité.